Cadre de l’étude
Pour mieux comprendre notre métier, nous avons enquêté sur les pratiques du travail à distance, sur un échantillon de plus de 50 professionnels de l’informatique (freelance, web agencies, SSII et éditeurs logiels). L’entretien a été conduit de manière non-directive, selon une logique exploratoire, de manière à permettre aux personnes intérrogées de s’exprimer librement sur les nombreux aspects en relation avec le travail à distance. Cette étude, dont le cadre a été volontairement très large, a donc permis de mettre qualitativement en évidence un certain nombre de tendances, problématiques, et réalités, dont nous vous faisons part ci-dessous. Ces dernières seront très probablement explorées par la suite en détail, à travers des études ciblées quantitatives.
Le travail à distance, soit on le pratique, soit on pense à le faire, mais tout le monde s’y intéresse…
Force est de constater que si tout le monde ne pratique pas le travail à distance dans son activité professionnelle, presque toutes les personnes intérrogées s’y intéressent. La quasi-totalité des freelance intérrogés pratiquent intégralement ou partiellement le télétravail, qu’ils apprécient. Les éditeurs logiels le pratiqent également beaucoup, surtout dans sa dimension internationale, qui sera évoquée plus loin dans cette étude. Les SSII sont plus réticentes au télétravail, car leur cœur de métier est souvent de placer des compétences en régie dans les locaux du client, ce qui est incompatible avec le travail à distance. Malgré tout, certaines SSII commencent à proposer à leurs clients des développeurs en télétravail.
…on ne sait en général pas trop comment s’organiser pour travailler à distance efficacement…
En général, les professionnels de l’informatique utilisent les outils standard de communication à distance (téléphone, email), mais se rendent compte que pour travailler efficacement à distance, un formalisme particulier est nécessaire. Pour l’instant, ils ne maîtrisent pas ce formalisme, qui reste à construire.
Les personnes interrogées utilisent généralement des techniques originales, efficaces, mais aucune méthodologie globale n’a été mise au point :
utilisation de 2 écrans, l’un pour le travail, et le 2ème pour la communication (Skype, Yahoo Messenger, WebCam, email, etc…).
utilisation du co-browsing (avec WebEx, le plus souvent)
techniques et méthodologies particulières de communication par email (mettre des bons titres, s’imposer des délais de réactivité, de relance client, etc…)
techniques de développement du code source (on n’a pas le droit de rester plus d’une demie-heure sur un problème sur lequel on bloque sans en parler à un partenaire distant)
Le travail à distance correspond à une réorganisation profonde du modèle de gestion des ressources humaines, qui migre d’un management par contrôle de présence, vers un management par objectifs. Le télétravailleur n’a plus d’obligation de moyens, il a une obligation de résultat. Cela se traduit par un système de rémunération au projet (réalisation d’un cahier de charges, à une date précise, le prestataire est maître de son auto-organisation). Le travail en régie n’est pas encore fiable à distance.
…le travail à distance, dans une conjoncture de mondialisation, offre des opportunités intéressantes …
Les professionnels de l’informatique français ont compris l’avantage dont ils disposent face à la concurrence internationale : la proximité géographique et culturelle auprès du client final. La mondialisation est généralement considérée comme une opportunité pour un grand nombre des personnes intérrogées, ou au moins non-nocive.
Ils sont à la recherche de solutions pour externaliser, éventuellement en offshore, mais le problème de la sélection des prestataires s’oppose à un développement trop rapide de cet aspect. Les réticences sont encore fortes, et à juste titre, car de nombreux professionnels ont expérimenté ou entendu parler des confrères d’expériences peu réussies dans le domaine.
…mais entre partenaires distants, la confiance se crée difficilement…
Nous sommes dans une culture latine, où le contact personnel est essentiel. La décision de travailler avec un collaborateur se fait sur un ressenti, et non sur des critères objectifs comme dans le modèle anglo-saxon (indicateurs de performance, évaluations, etc…). De nombreuses personnes intérrogées confirment qu’ils rencontrent au moins une ou deux fois par projet leurs partenaires distants (clients et sous-traitants).
…le travail à distance isole le prestataire, mais lui confère une grande autonomie, qui est très appréciée…
Le travail à distance se déroule très souvent au domicile du prestataire. En général, les télétravailleurs apprécient le sentiment d’autonomie et de liberté, ils se concentrent mieux. Cependant, le lien social se perd en travaillant de chez soi. Pour cette raison, certains télétravailleurs entretiennent ce contact, professionnel et privé, en sortant régulièrement, ou en participant à des communautés de professionnels sur Internet ou dans la vie réelle. Pour un travailleur à domicile, il reste donc essentiel garder un certain niveau d’intégration dans son milieu, et de développer un réseau relationnel, autant pour son équilibre personnel que professionnel.